Si je remonte à mes premiers souvenirs, je me retrouve à l'école maternelle dont il me reste quelques images, mais surtout les visages de deux personnes, deux petites filles que je fréquentais régulièrement. J'ai toujours eu des copines lorsque les garçons vont plutôt vers d'autres garçons ; j'ai commencé à m'intéresser aux garçons lorsqu'il étaient devenus pour moi un monde aux codes étrangers mais dont les membres m'intéressaient au plus haut point. Les filles sont donc pour moi associées à un monde d'innocence, si tant est que les enfants naissent innocents ; les garçons sont longtemps restés dans le domaine du fantasme, mais il reste bien difficile de démêler les causes des conséquences dans ces domaines affectifs.
Ces petites filles avaient souvent des couettes, j'allais de temps en temps jouer dans leurs jardins, l'une vivait dans un pavillon au milieu d'un grand jardin avec un toboggan que je trouvai gigantesque. Je le revis quelques années plus tard et dus relativiser ce jugement. La maman de l'autre tenait une papeterie en concurrence avec la grande librairie-papeterie du centre-ville. Il y avait un petit jardin entouré de murs derrière la boutique et la maison attenante. Sa modestie n'empêchait pas que je m'y sente loin de tout, alors que je vivais dans un appartement et enviais tous mes camarades qui grandissaient en pavillon. Cette seconde Julie était née le même jour que moi, nous dûmes rester plusieurs années dans le même classe, je devais échafauder dans ma petite tête des projets d'avenir avec elle, c'était beau comme dans un roman d'amour.
Nous nous amusions dans son jardin avec un mange-disque. Je savais que cela abîmait les disques mais cet engin me fascinait. Il devait être rouge. Je me suis revu dans ce jardin lorsque je me retrouvai face à un mange-CD sur un ordinateur. Le fait de rentrer une galette qui se fait avaler par un appareil me fis retrouver ces lointaines sensations que je croyais perdues.
J'ai aussi un souvenir de danse avec elle, alors que cete activité a conplètement disparu de ma vie. On nous faisait danser pour un spectacle et nous devions être plutôt bons puisqu'on nous laissa montrer l'exemple au autres. Il en reste une photo : nous dansons sur une estrade en plein air, costumés avec un jabot pour moi et une coiffe paysanne pour elle. Ce sont mes premiers pas en public sur une scène, le souvenir est très vague mais il a dû beaucoup me marquer dans son principe.
Le temps de Julies s'acheva en même temps que ma fréquentation de l'école maternelle. Je ne sais pas ce qu'il advint de l'une, la mère de l'autre cèda à la pression de la grosse papeterie monopolistique et partit ouvrir une autre papeterie dans une ville voisine, j'a passai quelques fois, nos chemins divergèrent rapidement pour de bon.
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