Après le temps des Julies s'ouvre un trou d'un an dans mes souvenirs. Rien concernant ma première année d'école primaire ne m'est accessible, ce qui continue à m'interroger : que peut-il se cacher derrière cette amnésie totale sur une période d'un année, l'une de celles où j'ai le plus appris et que je passais efficacement puisque je sautai la classe suivante pour me retrouver, un peu déboussolé, sans connaître qui que ce soit, en CE2. Je garde quelques images de cette année, l'institutrice pas loin de la retraite avec ses cheveux roux permanentés, le bahuts dans le coin qu'allaient regarder ceux qui étaient punis, un élève perturbant qui s'effondrait quand il recevait une mauvaise note, et qui devait redoubler cette année. C'est aussi l'année de ma première photo de classe, où je peux encore nommer une dizaine d'élèves, beaucoup parce que je les croiserais encore longtemps, jusqu'au lycée voisin de l'école primaire.
Jéremie est sur cette photo, ainsi que sur celle de l'année suivante, tassé sur lui-même au premier rang, semblant gelé dans son tricot, le regard rivé sur l'objectif, un vague sourire éclaire son visage : il devait faire assez froid ce jour-là. Il était assez petit, sa posture illustre bien sa discrétion, c'était un bon élève.
Je ne devais le prendre en considération que l'année suivante, avec un autre instituteur qui su mettre en valeur son don pour le dessin. Pour moi qui suis nul en dessin, ce garçon était un génie. Il était le seul à qui l'instituteur confiait ces feuilles recouvertes de noir et sur lesquelles on dessine en grattant la couche noire, qui ne permettent aucune erreur ni retouche. Il en faisait des merveilles, il avait une prédilection pour les bateaux, des plus simples aux voiliers les plus complexes, je restais ébahi par ce qui sortait de ses doigts. Nous composions des petits journaux, il était évidemment chargé de nombreuses illustrations. Il doit encore rester quelques exemplaires dans un coin chez mes parents.
Je fus séparé de Jérémie la dernière année d'école primaire, il venait de l'autre côté de l'école primaire, il rejoignit un autre collège et je le perdis de vue pour longtemps.
mercredi 21 mai 2008
lundi 19 mai 2008
Les Julies
Si je remonte à mes premiers souvenirs, je me retrouve à l'école maternelle dont il me reste quelques images, mais surtout les visages de deux personnes, deux petites filles que je fréquentais régulièrement. J'ai toujours eu des copines lorsque les garçons vont plutôt vers d'autres garçons ; j'ai commencé à m'intéresser aux garçons lorsqu'il étaient devenus pour moi un monde aux codes étrangers mais dont les membres m'intéressaient au plus haut point. Les filles sont donc pour moi associées à un monde d'innocence, si tant est que les enfants naissent innocents ; les garçons sont longtemps restés dans le domaine du fantasme, mais il reste bien difficile de démêler les causes des conséquences dans ces domaines affectifs.
Ces petites filles avaient souvent des couettes, j'allais de temps en temps jouer dans leurs jardins, l'une vivait dans un pavillon au milieu d'un grand jardin avec un toboggan que je trouvai gigantesque. Je le revis quelques années plus tard et dus relativiser ce jugement. La maman de l'autre tenait une papeterie en concurrence avec la grande librairie-papeterie du centre-ville. Il y avait un petit jardin entouré de murs derrière la boutique et la maison attenante. Sa modestie n'empêchait pas que je m'y sente loin de tout, alors que je vivais dans un appartement et enviais tous mes camarades qui grandissaient en pavillon. Cette seconde Julie était née le même jour que moi, nous dûmes rester plusieurs années dans le même classe, je devais échafauder dans ma petite tête des projets d'avenir avec elle, c'était beau comme dans un roman d'amour.
Nous nous amusions dans son jardin avec un mange-disque. Je savais que cela abîmait les disques mais cet engin me fascinait. Il devait être rouge. Je me suis revu dans ce jardin lorsque je me retrouvai face à un mange-CD sur un ordinateur. Le fait de rentrer une galette qui se fait avaler par un appareil me fis retrouver ces lointaines sensations que je croyais perdues.
J'ai aussi un souvenir de danse avec elle, alors que cete activité a conplètement disparu de ma vie. On nous faisait danser pour un spectacle et nous devions être plutôt bons puisqu'on nous laissa montrer l'exemple au autres. Il en reste une photo : nous dansons sur une estrade en plein air, costumés avec un jabot pour moi et une coiffe paysanne pour elle. Ce sont mes premiers pas en public sur une scène, le souvenir est très vague mais il a dû beaucoup me marquer dans son principe.
Le temps de Julies s'acheva en même temps que ma fréquentation de l'école maternelle. Je ne sais pas ce qu'il advint de l'une, la mère de l'autre cèda à la pression de la grosse papeterie monopolistique et partit ouvrir une autre papeterie dans une ville voisine, j'a passai quelques fois, nos chemins divergèrent rapidement pour de bon.
Ces petites filles avaient souvent des couettes, j'allais de temps en temps jouer dans leurs jardins, l'une vivait dans un pavillon au milieu d'un grand jardin avec un toboggan que je trouvai gigantesque. Je le revis quelques années plus tard et dus relativiser ce jugement. La maman de l'autre tenait une papeterie en concurrence avec la grande librairie-papeterie du centre-ville. Il y avait un petit jardin entouré de murs derrière la boutique et la maison attenante. Sa modestie n'empêchait pas que je m'y sente loin de tout, alors que je vivais dans un appartement et enviais tous mes camarades qui grandissaient en pavillon. Cette seconde Julie était née le même jour que moi, nous dûmes rester plusieurs années dans le même classe, je devais échafauder dans ma petite tête des projets d'avenir avec elle, c'était beau comme dans un roman d'amour.
Nous nous amusions dans son jardin avec un mange-disque. Je savais que cela abîmait les disques mais cet engin me fascinait. Il devait être rouge. Je me suis revu dans ce jardin lorsque je me retrouvai face à un mange-CD sur un ordinateur. Le fait de rentrer une galette qui se fait avaler par un appareil me fis retrouver ces lointaines sensations que je croyais perdues.
J'ai aussi un souvenir de danse avec elle, alors que cete activité a conplètement disparu de ma vie. On nous faisait danser pour un spectacle et nous devions être plutôt bons puisqu'on nous laissa montrer l'exemple au autres. Il en reste une photo : nous dansons sur une estrade en plein air, costumés avec un jabot pour moi et une coiffe paysanne pour elle. Ce sont mes premiers pas en public sur une scène, le souvenir est très vague mais il a dû beaucoup me marquer dans son principe.
Le temps de Julies s'acheva en même temps que ma fréquentation de l'école maternelle. Je ne sais pas ce qu'il advint de l'une, la mère de l'autre cèda à la pression de la grosse papeterie monopolistique et partit ouvrir une autre papeterie dans une ville voisine, j'a passai quelques fois, nos chemins divergèrent rapidement pour de bon.
dimanche 18 mai 2008
Jude le musicien
Jude est musicien, ou plutôt professeur de musique, qui rêva un jour de vivre de son art seul mais qui ne s'en est sans doute pas donné tous les moyens, même s'il ne le reconnaîtrait sans doute pas publiquement. Il se dégage de lui une grande énergie qui lui est propre mais qu'il tire aussi de ceux qui l'entourent, vampirisant leurs moyens à ses fins, qu'ils le veuillent ou non. Beaucoup peuvent trouver ce procédé motivant, certains s'en lassent : chacun réagit à sa façon au principe de servitude volontaire, mais il est clair que Jude est passé maître dans l'art de détourner ce principe à son avantage. On appelle cela le charme, la charisme, la beauté intérieure avec laquelle on compense un physique assez commun : un brun rapidement dégarni aux yeux noisettes, comme on dit pour se vanter sur les sites de rencontre.
Cela ne faisait que quelques mois que j'avais accepté le principe que je ferai ma vie avec des hommes lorsque je rencontrai Jude par une connaissance commune qui trouvait que nous allions bien ensemble. C'était perspicace de sa part : Jude devint mon premier amour, nous restâmes ensemble près de huit ans, même si les dernières années relevèrent de l'acharnement thérapeutique. On sort difficilement d'une première aventure, on se ment admirablement à soi-même, on en garde les traces pendant de trop nombreuses années mais on s'en remet, le cœur un peu durci, les émotions moins spontanées.
Bien que plus jeune que moi, il avait déjà connu quelques garçons, son premier amour avait eu beaucoup de mal à passer, je me demande même s'il n'a pas inspiré une grande partie de sa vie à venir. Il était tombé sur un vampire encore plus retors que lui, il devait déjà avoir un bon instinct de conservation qui le sauva de cette histoire, non sans lui avoir appris à taire ses sentiments à l'avenir, il ne fut que brièvement jeune de cœur, si tant est que ce fut dans sa nature, ce qui reste au stade de l'improbable quand on a connu son père.
Nous entamâmes les plaisirs de notre histoire chez lui, ou plutôt chez ses parents où il disposait d'un grand studio indépendant, bien pratique et que ne tarderait pas à lui envier sa jeune sœur. Ma vie bascula en quelques semaines, j'avais grandi comme jamais depuis presque dix ans, tout en comprenant dès le début que rien n'était plus simple pour autant ; je n'aurai finalement connu que très brièvement connu un quelconque état de grâce.
Cela ne faisait que quelques mois que j'avais accepté le principe que je ferai ma vie avec des hommes lorsque je rencontrai Jude par une connaissance commune qui trouvait que nous allions bien ensemble. C'était perspicace de sa part : Jude devint mon premier amour, nous restâmes ensemble près de huit ans, même si les dernières années relevèrent de l'acharnement thérapeutique. On sort difficilement d'une première aventure, on se ment admirablement à soi-même, on en garde les traces pendant de trop nombreuses années mais on s'en remet, le cœur un peu durci, les émotions moins spontanées.
Bien que plus jeune que moi, il avait déjà connu quelques garçons, son premier amour avait eu beaucoup de mal à passer, je me demande même s'il n'a pas inspiré une grande partie de sa vie à venir. Il était tombé sur un vampire encore plus retors que lui, il devait déjà avoir un bon instinct de conservation qui le sauva de cette histoire, non sans lui avoir appris à taire ses sentiments à l'avenir, il ne fut que brièvement jeune de cœur, si tant est que ce fut dans sa nature, ce qui reste au stade de l'improbable quand on a connu son père.
Nous entamâmes les plaisirs de notre histoire chez lui, ou plutôt chez ses parents où il disposait d'un grand studio indépendant, bien pratique et que ne tarderait pas à lui envier sa jeune sœur. Ma vie bascula en quelques semaines, j'avais grandi comme jamais depuis presque dix ans, tout en comprenant dès le début que rien n'était plus simple pour autant ; je n'aurai finalement connu que très brièvement connu un quelconque état de grâce.
samedi 17 mai 2008
Jasmine - 1
Je pense presque quotidiennement à Jasmine, le plus souvent après mon déjeuner, lorsque je me prépare un thé au jasmin pour accompagner ma digestion. Si j'avais l'occasion de la fréquenter, ce serait sans doute l'une de mes plus vieilles amies, si tant est que nous fussions jamais vraiment amis. Je la considérais comme telle, avec les moments de complicité et de brouille que cela comporte, mais je doute qu'elle ne me rendît jamais ce sentiment en son for intérieur.
Nous avions neuf ans lorsque le hasard administratif nous plaça dans la même classe, à la fin de l'école primaire, tous les deux avec un an d'avance, elle parce que sa mère avait fait le forcing à cause de sa date de naissance tardive dans l'année et moi parce que j'avais sauté une année après le cours préparatoire. Elle déployait déjà un art consommé de la singularité. J'ai dû l'admirer dès le premier jour, sentant très bien que mon sentiment ne serait jamais voué à la réciprocité. Elle avait quelque chose qui la plaçait au-dessus des autres, une candeur déjà calculée, une ambition et une énergie épuisantes pour son entourage. Elle ne pouvait que fasciner le bon élève isolé que je ne pouvais que rester.
Le hasard géographique favorisa notre relation : elle habitait dans la résidence en face de la mienne ; ses parents comme les miens habitent toujours en ces lieux et se croisent parfois. Deux résidences de banlieue, mais une banlieue tout à fait fréquentable, surtout près du centre-ville où nous nous trouvions. Les deux ensembles furent construits presque en même temps, au tournant des années 70, mais le sien possédait un standing supérieur. L'appartement de mes parents était objectivement plus grand que le sien, mais moins beau, sans ces grandes baies vitré, le balcon, l'interphone, l'ascenseur ou les conifères aux formes altières sous les fenêtres. J'étais jaloux de son cadre de vie, ce qui ne nous empêchait pas de nous retrouver régulièrement le matin pour monter ensemble à l'école.
Un dernier mot pour cette fois sur son nom : c'est au cours de l'une de mes visites chez elle, sans doute un samedi après-midi pour préparer un travail commun au collège, que je découvris le thé au jasmin. J'était déjà un jeune adepte du thé, mais je n'avais pas encore été confronté à cette odeur si particulière du jasmin dans une tasse brûlante. Le souvenir en reste intact trente ans après, le thé au jasmin reste associé à cette personne fascinante qui me le fit découvrir, non sans me faire remarquer qu'il était prétentieux de ma part d'affirmer apprécier le thé sans en connaître cette saveur : une délicatesse dont elle ne cessa de faire la preuve la preuve depuis.
Nous avions neuf ans lorsque le hasard administratif nous plaça dans la même classe, à la fin de l'école primaire, tous les deux avec un an d'avance, elle parce que sa mère avait fait le forcing à cause de sa date de naissance tardive dans l'année et moi parce que j'avais sauté une année après le cours préparatoire. Elle déployait déjà un art consommé de la singularité. J'ai dû l'admirer dès le premier jour, sentant très bien que mon sentiment ne serait jamais voué à la réciprocité. Elle avait quelque chose qui la plaçait au-dessus des autres, une candeur déjà calculée, une ambition et une énergie épuisantes pour son entourage. Elle ne pouvait que fasciner le bon élève isolé que je ne pouvais que rester.
Le hasard géographique favorisa notre relation : elle habitait dans la résidence en face de la mienne ; ses parents comme les miens habitent toujours en ces lieux et se croisent parfois. Deux résidences de banlieue, mais une banlieue tout à fait fréquentable, surtout près du centre-ville où nous nous trouvions. Les deux ensembles furent construits presque en même temps, au tournant des années 70, mais le sien possédait un standing supérieur. L'appartement de mes parents était objectivement plus grand que le sien, mais moins beau, sans ces grandes baies vitré, le balcon, l'interphone, l'ascenseur ou les conifères aux formes altières sous les fenêtres. J'étais jaloux de son cadre de vie, ce qui ne nous empêchait pas de nous retrouver régulièrement le matin pour monter ensemble à l'école.
Un dernier mot pour cette fois sur son nom : c'est au cours de l'une de mes visites chez elle, sans doute un samedi après-midi pour préparer un travail commun au collège, que je découvris le thé au jasmin. J'était déjà un jeune adepte du thé, mais je n'avais pas encore été confronté à cette odeur si particulière du jasmin dans une tasse brûlante. Le souvenir en reste intact trente ans après, le thé au jasmin reste associé à cette personne fascinante qui me le fit découvrir, non sans me faire remarquer qu'il était prétentieux de ma part d'affirmer apprécier le thé sans en connaître cette saveur : une délicatesse dont elle ne cessa de faire la preuve la preuve depuis.
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